Les phases du développement de la relation d’attachement
La relation d’attachement entre un enfant et la personne qui prend soin de lui au quotidien ne se construit pas du jour au lendemain. Il s’agit d’un processus progressif qui se déploie principalement au cours des deux premières années de vie. Selon Papalia et Martorell (2010), ce lien fondamental se met en place à travers trois grandes phases.
Dans un premier temps, avant l’âge de deux à trois mois, le nourrisson manifeste des comportements d’attachement innés tels que les pleurs, les sourires, l’agrippement ou les vocalisations. Ces comportements ne sont pas encore dirigés vers une personne en particulier : le bébé réagit de la même façon à tous les adultes qui prennent soin de lui. Cette période est le stade du pré-attachement.
Par la suite, à partir de la huitième semaine environ, le bébé commence à orienter davantage ses comportements d’attachement vers les personnes qui lui sont les plus familières, et plus particulièrement vers sa mère. Cette étape correspond à l’émergence de l’attachement. Lorsque la mère répond de façon chaleureuse, cohérente et bienveillante aux initiatives de son bébé en offrant des contacts physiques fréquents et en lui laissant la liberté d’explorer son environnement ces interactions favorisent le développement de sentiments de compétence et de confiance chez l’enfant. Comme le soulignent Papalia et Martorell, « le bébé acquiert ainsi des sentiments d’emprise sur le monde et de confiance en lui liée à sa capacité d’obtenir des résultats » (2010, p. 136). Cependant, à ce stade, l’attachement n’est pas encore pleinement consolidé.
L’attachement véritable apparaît généralement entre six et huit mois. À ce moment, une personne le plus souvent la mère devient la figure d’attachement principale. Durant cette phase, l’enfant peut manifester des réactions telles que la peur de l’étranger et l’anxiété de séparation, signes que le lien affectif est désormais bien établi.
Il est important de rappeler que l’enfant joue un rôle actif dans la construction de son attachement (Bowlby, 1969). Pour y parvenir, il développe ce que l’on appelle un modèle opérationnel interne (MOI). Ce modèle correspond à la représentation mentale que l’enfant se fait des comportements, des attitudes et de la disponibilité émotionnelle de sa figure d’attachement, généralement sa mère. Ce modèle tend à demeurer relativement stable, sauf si la figure d’attachement modifie de façon significative sa manière d’interagir avec l’enfant. Dans ce cas, le modèle interne peut se transformer, influençant ainsi la qualité de l’attachement.
De plus, l’enfant élabore progressivement plusieurs modèles internes à partir de ses relations avec les personnes significatives de son entourage. Les modèles opérationnels internes reposent principalement sur deux dimensions essentielles :
- Le sentiment d’être digne ou non d’être aimé ;
- La perception de la fiabilité des autres pour répondre à ses besoins affectifs (Papalia et Martorell, 2010, p. 136).
Ces modèles jouent un rôle central tout au long de la vie. Comme l’expliquent les auteures, « c’est par l’intermédiaire des MOI que la forme d’attachement développée dans les deux premières années de vie persiste et se maintient jusqu’à l’âge adulte, en filtrant la perception de toutes les relations ultérieures. C’est un peu comme si l’enfant continuait à traîner ses parents dans sa tête » (Papalia et Martorell, 2010, p. 136). Ainsi, un enfant qui se sent digne d’amour et qui perçoit ses parents comme fiables développera une plus grande liberté intérieure pour explorer le monde sans crainte. C’est pourquoi l’attention parentale, combinée à une habituation progressive à l’absence, favorise le développement d’un attachement sécurisant.
Les formes d’attachement
Les travaux de Mary Ainsworth, menés auprès de bébés âgés d’environ un an période correspondant à l’attachement véritable ont permis d’identifier trois principales formes d’attachement : l’attachement sécurisant, l’attachement insécurisant de type évitant et l’attachement insécurisant de type ambivalent.
- L’attachement sécurisant : l’enfant se montre confiant lorsque sa mère est présente, manifeste de la détresse lors de son départ, puis retrouve un sentiment de sécurité et de calme au moment des retrouvailles.
- L’attachement insécurisant de type évitant : il s’agit d’une forme d’attachement perturbée dans laquelle l’enfant garde une certaine distance émotionnelle envers sa mère, même lorsqu’elle est présente. Il réagit peu à son départ et ne cherche pas de réconfort à son retour.
- L’attachement insécurisant de type ambivalent : dans ce cas, l’enfant manifeste une anxiété marquée tant en présence qu’en absence de sa mère. Lors des retrouvailles, il oscille entre la recherche de proximité et des comportements de rejet ou de résistance.
Un élément clé du développement affectif est la base de sécurité. Le parent constitue ce point de référence stable à partir duquel l’enfant peut explorer son environnement, tout en sachant qu’il peut revenir vers lui en cas de besoin pour obtenir du réconfort émotionnel.
On distingue également l’attachement désorganisé ou désorienté, une forme plus sévèrement perturbée, dans laquelle l’enfant présente des comportements contradictoires, de la confusion et parfois de la peur envers sa figure d’attachement.
Comme le souligne la théorie de l’attachement, ce lien affectif influence profondément le développement émotionnel, cognitif et social de l’enfant. « Plus l’enfant est attaché de façon sécurisante à l’adulte qui s’occupe de lui, plus il lui est facile de s’en éloigner pour explorer son environnement » (Papalia et Martorell, 2010, p. 136). Cette liberté d’exploration favorise des interactions variées, le développement des habiletés sociales et une attitude généralement plus positive face à l’inconnu.
Ainsi, favoriser des liens d’attachement sécurisants dès la petite enfance contribue non seulement à une meilleure socialisation, mais aussi à une estime de soi plus solide et durable à long terme.
Conclusion
Comprendre le développement de l’attachement, c’est avant tout reconnaître l’importance des premiers liens affectifs dans la construction de l’enfant. Chaque regard échangé, chaque réponse apportée à un besoin, chaque moment de réconfort contribue à façonner la manière dont l’enfant se perçoit et perçoit les autres, aujourd’hui et pour longtemps.
Créer un attachement sécurisant ne signifie pas être un parent parfait, mais plutôt un parent présent, sensible et cohérent, capable d’accueillir les émotions de son enfant et de l’accompagner progressivement vers l’autonomie. En offrant une base de sécurité solide, les adultes permettent à l’enfant d’explorer le monde avec confiance, de développer des relations saines et de bâtir une estime de soi durable.
Il est aussi essentiel de se rappeler que les liens d’attachement peuvent évoluer. Les relations se construisent, se réparent et se renforcent avec le temps. Chaque geste d’attention, chaque effort pour mieux comprendre les besoins émotionnels de l’enfant est une occasion de nourrir un lien plus sécurisant.
Investir dans la qualité de la relation parent-enfant, c’est donc investir dans le bien-être émotionnel, social et psychologique de l’enfant, mais aussi dans la société de demain. Car un enfant qui se sent aimé, compris et soutenu devient un adulte plus confiant, plus ouvert aux autres et mieux outillé pour faire face aux défis de la vie.
Bibliographie
- Diane E. Papalia, Gabriela Martorell 2010. Psychologie du développement humain, 9e édition. Chenelière Éducation.
Le Centre D’Appui Familial
Rita Meifo rmeifo@cdafsa.ca