Dès les premiers mois de vie, votre enfant est engagé dans une aventure fondamentale : apprendre qui il est. Cette construction progressive, que les psychologues appellent la conscience de soi, joue un rôle central dans son développement émotionnel, social et cognitif. Même si elle ne se voit pas toujours clairement, la conscience de soi influence la manière dont l’enfant se sent, interagit avec les autres et apprend à comprendre le monde.

Comprendre comment cette conscience émerge et comment les parents peuvent la soutenir permet d’accompagner l’enfant avec plus de confiance et de bienveillance.

Qu’est-ce que la conscience de soi ?

La conscience de soi correspond à la capacité de se percevoir comme une personne distincte des autres. Selon Papalia et Martorell (2010), elle permet à l’enfant de comprendre qu’il est « un être unique doté de caractéristiques spécifiques qui le différencient des autres ».

À la naissance, le bébé n’a pas encore cette perception, il ne fait pas clairement la différence entre lui et son environnement. Cependant, contrairement à ce que l’on a longtemps cru, les recherches montrent que le nourrisson n’est pas dans une confusion totale. Rochat (2003) explique que, dès les tout premiers moments de la vie, le bébé possède un sens écologique de soi, c’est‑à‑dire une perception implicite de son corps comme différencié, situé et capable d’agir dans l’environnement.

Autrement dit, la conscience de soi ne surgit pas soudainement vers deux ans : elle se construit progressivement, à partir d’expériences corporelles et relationnelles répétées.

Les premières bases : le corps et les interactions

Dès la naissance, le bébé fait des expériences qui l’aident à se découvrir. Lorsqu’il bouge ses bras, suce son pouce ou porte sa main à son visage, il vit des sensations uniques. Rochat (2003) décrit notamment l’expérience du « toucher double », lorsque le bébé sent à la fois sa main qui touche et son visage qui est touché. Ce type d’expérience est propre à soi et aide l’enfant à différencier son corps du reste du monde.

Peu à peu, le bébé comprend aussi qu’il peut agir. Par exemple, lorsqu’il pleure et qu’un adulte répond, il découvre que ses actions ont un effet. Papalia et Martorell (2010) soulignent que ces échanges répétés permettent à l’enfant de réaliser qu’il « peut exercer une certaine influence sur son entourage ».

👉 Ce que les parents peuvent faire

Répondre avec sensibilité aux pleurs, parler à l’enfant, imiter ses sons et ses expressions sont des gestes simples, mais essentiels. Ils renforcent le sentiment d’existence et de sécurité affective.

Vers 1 an : « Je peux agir sur le monde »

Autour de la première année, l’enfant explore activement son environnement. Il rampe, marche, saisit des objets, les lance, observe les réactions. Rochat (2003) montre que le bébé ajuste très tôt ses gestes à la distance des objets : il sait ce qui est à sa portée et ce qui ne l’est pas. Cela témoigne d’un sentiment de soi comme corps situé dans l’espace.

Sur le plan social, les échanges deviennent plus riches. Le sourire, le regard et les jeux partagés renforcent le lien avec les parents. Ces expériences nourrissent ce que Papalia et Martorell (2010) appellent le moi subjectif, soit la compréhension que l’enfant est un être séparé qui peut agir sur son environnement.

👉 Ce que les parents peuvent faire

Encourager l’exploration sécuritaire, nommer les actions de l’enfant (« tu pousses la balle », « tu montes l’escalier ») et partager des moments de jeu soutiennent cette étape.

Entre 18 et 24 mois : se reconnaître et s’affirmer

Vers la deuxième année de vie, un changement important se produit. L’enfant commence à se reconnaître dans le miroir, à dire « moi » et à affirmer fortement ses préférences. C’est l’émergence du moi objectif, lorsque l’enfant devient capable de se représenter lui‑même (Papalia & Martorell, 2010).

À ce moment, l’enfant prend aussi conscience du regard des autres. Rochat (2003) parle de l’émergence d’une « coconscience », lorsque l’enfant devient conscient de lui‑même en relation avec autrui et « intègre son propre regard à celui d’autrui ». Cela explique l’apparition d’émotions comme la fierté, la honte ou l’embarras.

Papalia et Martorell (2010) notent qu’à cet âge, « l’enfant a maintenant conscience de son existence et comprend qu’il peut être l’objet de l’évaluation des autres ».

👉 Ce que les parents peuvent faire

Accueillir les « non », offrir des choix simples et reconnaître les émotions de l’enfant (« tu es fâché », « tu es fier ») l’aident à se comprendre et à développer une image de soi positive.

Pourquoi la conscience de soi est-elle si importante ?

La conscience de soi soutient l’ensemble du développement de l’enfant. Elle est liée :

  • Au développement émotionnel, avec l’apparition d’émotions plus complexes ;
  • Au développement social, en facilitant la collaboration et la compréhension des autres ;
  • Au développement cognitif, en soutenant le langage, la pensée symbolique et les apprentissages.

Rochat (2003) souligne que cette évolution ouvre la porte à la collaboration et à l’apprentissage par l’autre, tandis que Papalia et Martorell (2010) montrent qu’elle constitue le noyau de l’identité future.

En conclusion

La conscience de soi ne se construit pas en un jour. Elle se développe à travers des gestes simples, des interactions quotidiennes et une présence parentale attentive. En soutenant votre enfant dans cette découverte de lui‑même, vous contribuez à bâtir des fondations solides pour son bien‑être émotionnel, ses relations et ses apprentissages futurs.

Accompagner l’émergence de la conscience de soi, c’est avant tout offrir à l’enfant un regard bienveillant qui lui permet de se sentir reconnu, compris et soutenu.

Références

Papalia, D. E., & Martorell, G. (2010). Psychologie du développement humain (9e éd.). Montréal, QC : Chenelière Éducation.

Rochat, P. (2003). Conscience de soi et des autres au début de la vie. Enfance, 55(1), 39‑47. https://doi.org/10.3917/enf.551.0039

Le Centre D’Appui Familial

centredappuifamilial.ca

Rita Meifo rmeifo@cdafsa.ca